Eléments historiques

 

Les premières occupations du territoire

D’abondantes preuves archéologiques indiquent que la zone fut habitée de façon permanente durant des millénaires (dès VIe au Ve millénaire av. J.-C.), par des individus appartenant aux anciens peuples chasseurs de la pampa, ancêtres des Tehuelches. On a en effet trouvé des témoignages de présence sur les rives du lac Sarmiento et du río Serrano.
Aux primitifs chasseurs succèdent (1500 – 1870) les nomades Aonikenk (aonik = sud et kenk = peuple), Tehuelches vivant au sud du río Chubut. Depuis toujours, les Tehuelches connaissaient le massif qu’ils appelaient Paine ou Carrón et pour lequel ils avaient un profond respect.

Découverte du territoire

La première expédition

Vers les années 1870, probablement associé à des Tehuelches durant leurs migrations saisonnières, est arrivé le baqueano Santiago Zamora. Sans doute le premier homme blanc arrivant au Paine, il gagna le mérite indisputé de la découverte. Les fréquents voyages de Zamora pour se procurer des guanacos, des nandous et des animaux sauvages, en firent un expert connaisseur de la région.

Explorations scientifiques

L’exploration de la zone montagneuse remonte à la seconde moitié du XIXe siècle. Le nom Paine ne fit sa place dans la nomenclature officielle que plus tard. En effet, ces montagnes étaient connues au début comme la "Cordillera de los Baguales » ou la « Sierra de los Baguales ». Baguales étant le terme désignant les chevaux sauvages ou non domestiqués.

Pour être plus précis, les premiers écrits datent de 1879, et sont l’œuvre du Lieutenant Juan Tomás Rogers. Missioné par le gouvernement chilien, il mena une ample reconnaissance du territoire d’Última Esperanza et put observer de loin les Torres del Paine. Il découvrit le río Paine (qu’il appela « blanc ») et les lacs Sarmiento et Nordenskjöld, les nommant respectivement « serpent » ((en) serpiente) et « étroit » ((en) angosto). À son retour, il découvre le lac Toro, par son secteur nord-oriental.

De nombreux explorateurs parcoururent par la suite la région : Otto Nordenskjöld (1895), Carl Skottberg (1908), etc. À partir de 1926, le prêtre salésien Alberto De Agostini, le dernier des grands explorateurs de la Patagonie, la parcourut intensivement. Son exploration de 1929 avait comme objectif de déterminer la nature véritable du secteur central du massif, l’hypothèse d’un ancien cratère volcanique étant encore de mise. De Agostini conclut, grâce à la présence de roches granodioritiques, que ce n’était définitivement pas le cas. Sa dernière exploration date de 1943. Elle est dirigée vers le secteur septentrional du massif, avec une reconnaissance le long du río Paine jusqu’aux rives du Lago Dickson. Avec elle se termine l’étape des grandes explorations de reconnaissance géographique.

Première exploration touristique

Les premiers européens non scientifiques qui contemplèrent le Paine furent Lady Florence Dixie et ses compagnons en 1879. Ils donnèrent aux tours le nom d’ « Aiguilles de Cléopâtre ». Ce fut la première expédition à caractère touristique, tel que l’on peut l’entendre aujourd’hui.

L’occupation du territoire

Les terrains de l’actuel parc national furent utilisés dans le passé principalement pour l’élevage, bien que dans des proportions faibles.
Les premiers colons qui se seraient établis dans la zone pour l’approvisionnement des terrains pastoraux furent les allemands Carlos Heede et Claudio Gliman dans le secteur de la Laguna Verde en 1895 ; Carlos Führ dans le secteur de la Laguna Azul ; le britannique Walter S. Ferrier (qui donne son nom à une lagune et un sommet à l’ouest de l’administration. Son ancienne estancia a servi d’administration pendant un certain temps avant de subir un incendie dans les années 80. On peut encore observer les restes entre l’administration actuelle et le kiosque) dans le secteur du lac Toro en 1896 ; Orozimbo Santos dans le secteur du lac Pehoé en 1906 et Victoriano Rivera dans le secteur du lac Paine en 1908. Motivés par l’élevage, ils installèrent au fur et à mesure une infrastructure adéquate pour la gestion des animaux domestiques (ovins et bovins principalement).
Avec le temps, l’infrastructure d’élevage prit de l’ampleur sous forme de noyaux qui finirent par s’appeler ‘estancias’, qui géraient de grands troupeaux sur des terres pas toujours encore aptes à le recevoir. On estime qu’il y eut un maximum de 32 000 moutons et 3 000 têtes de bovins, sur un total de 110 000 ha, appartenant aux estancias suivantes : Lago Dickson, La Victorina, María Leticia, Laguna Azul, Cerro Paine, une partie de celle de Cerro Guido, une partie de celle de Cerro Castillo, une partie de celle de la comunidad Río Paine, Lago Grey y Cerro Zapata. Cependant, dans les dernières années, avant la création du parc, et à cause de la surexploitation du pâturage, l’élevage, qui se maintenait dans ces champs diminua. Dans de nombreux cas, l’occupation pionnière a entraîné la perte irréparable de ressources naturelles de valeur : pratique néfaste des incendies de forêt destinés à l’ouverture des champs, chasse indistincte d’animaux sauvages et destruction inhérente de leur habitat.
Lentement, la conscience grandissante du gouvernement et de la communauté à propos de la grande valeur naturelle de ces espaces à des fins de conservation déterminèrent à les récupérer et à les intégrer au domaine de l’actuel parc.
Quant à l’exploitation forestière, elle fut faible, utilisant des poteaux et des perches pour la construction d’enclos. Pour la construction des maisons de patrons et les ateliers de tonte, la plus grande partie du bois provenait de Puerto Natales.

Aujourd’hui, quasiment l’ensemble du territoire du parc est la propriété de la CONAF. La constitution s’est faite par acquisitions successives des terrains des anciennes estancias, sauf ceux de l’estancia Cerro Paine. En effet, les propriétaires conservent l’usage de ces terres pour faire paître des bovins au sein du parc. Ils ont aussi développé une forte infrastructure touristique. D’une grande superficie et situés à une place stratégique (au pied du massif), ces terrains privés génèrent encore des conflits entre les propriétaires et la CONAF (notamment concernant l’entretien des sentiers).