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Article Le Point.fr Spécial Déserts
Altiplano bolivien, de la terre à la lune

Entre lagunes multicolores et désert de sel aveuglant, un trek d’une semaine dans un décor de bout du monde.

 

Par Claire Meynial
C’est une cahute posée au milieu de nulle part, au pied du volcan Licancabur, pyramide parfaite de 5.916 mètres. Sur un mur de la maisonnette a été peinte l’inscription « Migración Bolivia » . Nous sommes entre le désert chilien d’Atacama et le Sud-Lipez bolivien, et Evo Morales s’est fait plaisir : les citoyens américains, indique un panneau, doivent payer un visa de 100 dollars. Les Français, plus chanceux, remplissent une feuille et signent un cahier tenu par un fonctionnaire moustachu. Et le désert est à eux. Pendant six jours, accompagnés d’un chauffeur bolivien, Félix, et de deux guides chiliens, Jorge et Nico, nous allons découvrir les merveilles de l’Altiplano. Ces hauts plateaux, à 3 500 mètres d’altitude en moyenne, où l’écrasante beauté des paysages le dispute à la rudesse du climat.
Non loin de là, le décor minéral du parc national Eduardo Avaroa s’habille de lagunas, des lacs aux couleurs qu’on croirait trafiquées par un logiciel de photographie. La Laguna verde tire sur le turquoise. Et dans la Laguna colorada, des milliers de flamants roses, bec plongé dans l’eau rouge, avalent des artémias, des crustacés qui leur donnent cette teinte tirant sur l’orange. L’altimètre affiche des chiffres en hausse et une température en baisse. Au camp de Cañapa, à 4.300 mètres, le mercure passe sous la barre du zéro. A flanc de montagne, la rangée de conteneurs ne paie pas de mine, mais ces cubes lambrissés sont d’un confort bien supérieur aux refuges alpins. Une « chambre » par personne ou par couple, mais aussi une salle de bains avec toilettes, douche et eau chaude ! Dans le conteneur « cuisine et salle à manger », l’équipe bolivienne a préparé le dîner, arrosé de vin chilien, avant de nous tendre un accessoire indispensable pour la nuit : la bouillotte. Les lits de camp ont beau être équipés de duvets d’expédition, la température, selon Félix, devrait descendre jusqu’à - 18 °C et le seul chauffage est celui du corps et des vêtements techniques.

Laguna Verde - Bolivie

Le réveil, le lendemain, dans l’immensité de l’Altiplano, compense l’épreuve de la nuit fraîche. Seuls les cactus survivent ici, ils hérissent l’horizon et coiffent les coussins de llareta , cette mousse gorgée d’huile, utilisée comme combustible. Les vigognes, heureuses au-dessus de 4.000 mètres et protégées par leur précieuse fourrure, broutent les buissons, entre les rochers rouges. Ce soir, le refuge de Chituca, à 3.700 mètres, est une vraie maison. Des poutres de cardons, cactus qui peuvent atteindre 20 mètres, traversent la salle à manger. Au menu, de l’avocat (la moelleuse palta chilienne), du lama frit et une soupe de légumes.
Le jour suivant nous mène à un décor de cinéma. Le village de San Pedro de Quemez, incendié par les Chiliens pendant la guerre du Pacifique, en 1879, a été abandonné, puis reconstruit plus bas. Un terrain de jeux idéal pour les lamas, qui déambulent entre les ruines et grignotent les pousses de quinoa. A quelques kilomètres s’étend enfin le Salar de Uyuni. « Plus de 10 000 kilomètres carrés, une couche supérieure de 5 à 10 centimètres de sel, une autre, en dessous, de 5 mètres de saumure », récite Nico. Le sel craque étrangement sous le pied, les plaques semblent avoir été jointes par une main invisible. Au sommet de l’Isla del Pescado, les montagnes alentour flottent comme des îles sur ce gigantesque miroir. Au loin, le volcan Tunupa, but de l’ascension de demain, nous toise du haut de ses 5 400 mètres.
Le matin du grand jour, nous partons de 3 900 mètres, altitude où, dans les Alpes, cordes, crampons et piolet sont de rigueur pour déjouer les pièges des glaciers enneigés. Ici, les sentiers longent les parcelles de quinoa. Un pierrier leur succède, oxydé par les minéraux. Roche et poussière se teintent de vert, jaune orangé, puis rouge brique. A près de 5.000 mètres, le touriste européen souffle, mais Hector, notre guide bolivien du jour, gambade. Une viscache, sorte de lapin affublé d’une queue d’écureuil, nous surveille, dressée sur un rocher, pattes de devant posées sur son ventre arrondi et soyeux. Au col du Tunupa, Félix s’allonge sur la Terre nourricière, la Pachamama, pour la remercier de nous avoir laissés monter. Nous remercions plutôt le cuisinier, en bas. Sur le barbecue, devant la maison, grillent boeuf, agneau et saucisses. Et toujours, à quelques mètres de la terrasse, le Salar aveuglant qui, l’après-midi, vire à l’ivoire, au doré, puis au bronze. Le soleil flamboyant se couche, la lune reprend ses droits sur le plus grand désert de sel du monde, où le Terrien perd tout repère. Un voyage, un vrai, dans une envoûtante immensité.

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