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La langue espagnole appartient au peuple ou à l’Académie ? À l’Espagne ou à l’Amérique ?



- Le siège de l’Association des Académies de la Langue Espagnole (ASALE) est à Madrid, dans le bâtiment que le Roi Alphonse XIII a fait construire pour héberger la Real Academia Española (l’Académie Royale Espagnole, RAE), en 1894. De par son statut, le directeur de l’ASALE est le même que celui de la RAE. Il en est de même pour le trésorier. L’ASALE, qui regroupe les 21 académies américaines et l’espagnole, est chargée de l’organisation et de la programmation du Congrès de la Langue Espagnole, dont la 7ème édition a débuté le 20 octobre au Panama. Elle est responsable du choix des débats et des invités. Les logos des institutions ASALE, RAE et Institut Cervantés, et bien évidemment celui du pays hôte, décorent le site officiel du Congrès.

- Mais ce n’est pour aucun de ces détails éloquents que l’écrivain chilien Pedro Lemebel a fait référence à cette rencontre comme le Congrès de la Langue Vieillissante. Ce n’est pas non plus parce que le monarque espagnol (cette fois-ci, le Prince Felipe) a été chargé d’inaugurer l’évènement. Ce qui l’a perturbé, c’est la tension inévitable entre ceux qui pensent et contrôlent le langage et l’énorme majorité qui l’utilise, et parmi eux, 90% - 300 millions de personnes - sont nés et vivent en Amérique. Le Congrès de la Langue du Panama, à l’instar des éditions précédentes, n’a pas pu éviter la polémique et les débats : il est controversé et objet de débat en soi.

- Mais pour l’ancien directeur de la RAE et l’actuel grand manitou de l’Institut Cervantes, Victor García de la Concha, les congrès sont avant tout une célébration. L’idée a surgit en 1992 d’organiser des forums pour célébrer le fait que nous partageons un patrimoine richissime. Et, également, de voir la situation dans laquelle l’espagnol est, ainsi que ses problèmes actuels, a-t-il expliqué.

- Depuis 1992, se sont succédés les congrès de Zacatecas (1997), Valladolid (2001), Rosario (2004), Cartagena (2007) et Valparaiso (2010), suspendu à cause du tremblement de terre qui a frappé le Chili. Aucun de ces congrès n’est tombé dans l’oubli, mais le premier fait partie de ceux dont ont se souvient le plus, parce que c’est celui pendant lequel Gabriel García-Márquez a proposé de mettre l’orthographe au placard. À Rosario, le congrès a explosé. À Rosario, le peuple a pris le contrôle du congrès, la ville a débordé, l’évènement est devenu populaire et a tracé une ligne nouvelle pour les prochains congrès, se souvient avec enthousiasme García de la Concha, à propos de la rencontre pendant laquelle Roberto Fontarrosa a rendu public son éloge des gros mots (ainsi que quelques plaisanteries sur l’espagnol). Les jours suivant le congrès annulé de Valparaiso (qui a permis d’inaugurer la possibilité de suivre les conférences sur Internet ), la polémique a débordé quant à la nouvelle grammaire et la nouvelle orthographe.

- Cette fois-ci, les discussions auront du mal à arriver au cœur des problèmes de la linguistique. Jusqu’à mercredi, les participants parleront des livres : la communication par les livres traverse une période de crise, nous ne savons plus où nous allons, les librairies ferment, les éditeurs ont des problèmes, tout le monde signale l’explosion du numérique … explique García de la Concha. Ce choix coïncide avec le 5ème centenaire de la découverte du Pacifique par Núñez de Balboa, qui a entraîné la rencontre de deux extrêmes. L’espagnol dans les livres, de l’Atlantique à la mer du Sud (aujourd’hui, Océan Pacifique), sera la devise. Des discussions sur les marchés et les droits, un thème qui touche de près la RAE, notamment lorsqu’elle a porté plainte contre des sites internet qui redirigent directement vers son dictionnaire, qui jusqu’à maintenant était à disposition de tous, pensions-nous, auront également leur place.

- Le Congrès fait d’une pierre deux coups, et célèbre un autre anniversaire : les 300 ans de la RAE. La nouvelle Orthographe scolaire de la langue espagnole, flambant neuf, sera étrennée, même si elle ne présente aucune nouveauté. Pour équilibrer la balance, la RAE présentera le Corpus de l’espagnol du XXIème siècle, avec 300 millions de mots, dont 70% proviennent d’Amérique.

- García de la Concha exposera son plan pour ibéroaméricaniser l’Institut Cervantes, le bastion le plus important de la diplomatie culturelle espagnole (avec 87 centres dans 44 pays). Pour certains, il s’agit d’intégration, pour d’autres, d’hégémonie.

- Le colombien William Ospina, le mexicain Juan Villoro et le chilien Antonio Skármeta feront partie des 200 exposants, écrivains et académiciens invités.
Le Congrès sert aussi à réunir, au moins sur le registre de la Commission d’Honneur, deux amis-ennemis qui partagent la gloire du Nobel : Gabriel García Márquez et Mario Vargas Llosa (qui sera l’orateur de la journée inaugurale, avec Sergio Ramírez). Rien de plus, rien de moins pour l’ASALE ou la RAE.


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