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La Colonia Dignidad



Enclave allemande en plein coeur des Andes, la Colonia Dignidad, qui existe depuis 1961, n’a pas fini de nous réserver des surprises.

Le Chili a toujours été très admirateur de l’Allemagne, de sa prospérité économique et agricole, ainsi que de son prestige militaire. C’est donc sans surprise que dès le milieu du 19ème, il fait appel aux allemands pour venir mettre en valeur certaines terres du sud du Chili. Puerto Varas, petit village charmant aux airs bavarois situé au bord du Lac Llanquehue est né en 1854 de cette colonisation.

Un siècle plus tard, et un peu plus au nord, à 350 kilomètres de Santiago, s’installent Paul Schaefer et 300 autres colons allemands, mais dans un autre but, celui de créer la Colonia Dignidad.

Schaefer, ancien brancardier SS, borgne et pédophile notoire, a fui l’Allemagne pour échapper aux poursuites judiciaires. Il y avait créé un orphelinat, officiellement oeuvre de bienfaisance, et officieusement vivier de petits garçons pour satisfaire ses appétits pervers.

On ne sait pourquoi, le Chili ferme les yeux sur son passé, et met à sa disposition plusieurs centaines d’hectares pour qu’il reproduise localement les entreprises “bienfaisantes” commencées en Allemagne. Outre ces hectares, le gouvernement chilien lui accorde des avantages que nul autre endroit du Chili ne connaît : immunité, affranchissement des droits de douane ; couplés d’infrastructures rarement vues en dehors de Santiago (école, hôpital, aérodrome etc.), ce qui permet à la Colonia Dignidad de devenir un véritable Etat allemand dans l’Etat chilien.

Mais plus qu’un Etat, c’est en fait un véritable camp de concentration, venu tout droit de l’Allemagne, que Schaefer édifie. Barbelés, caméras de sécurité, pédophilie quotidienne, travaux forcés, séparation des hommes et des femmes, des enfants et des parents, la Colonia Dignidad devient vite un enfer pour les colons allemands qui l’habitent. Outre camp de concentration, la Colonia Dignidad est aussi une secte, dont le gourou tout puissant et charismatique, se fait passer pour Jésus au sein de ses adeptes.

Mais c’est au moment de l’avènement de Pinochet au pouvoir, lors de son coup d’Etat en 1973, que le rôle de la Colonia Dignidad prend tout son sens. Proche idéologiquement de Pinochet, Schaefer fait de sa forteresse un relais pour l’opération Condor. C’est ainsi que cet endroit, déjà lugubre, devient sous Pinochet le théâtre de tortures, expérimentations médicales et chimiques et meurtres de prisonniers politiques.

En arrivant au Chili, Schaefer s’est également construit un réseau de nazis, de ceux qui se sont réfugiés en Amérique Latine au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Il les invite, les héberge, les cache parfois, dans cette prison mystérieuse, où secret est le maître-mot. D’ailleurs, tout comme Pinochet, il entretient également des relations étroites avec la CIA, dans un climat de guerre froide où les Etats-Unis font tout pour que le communisme ne s’installe pas en Amérique latine, leur chasse gardée.

La Colonia Dignidad s’étend au fil des ans, jusqu’à atteindre 14000 hectares, et devient extrêmement prospère, et pas seulement grâce aux colons qui travaillent dans les champs, menés d’une main de maître par Schaefer. En effet, son immunité et son aérodrome lui permettent de faire entrer et sortir des armes, trafic qui est en fait l’explication de sa réussite. Elle exploite également le titane, dont le Chili a besoin, et qui lui fait regarder ailleurs ce qui se passe en son sein.

C’est l’arrivée de la démocratie dans les années 1990 qui signera la fin de la Colonia Dignidad telle que Schaeffer l’a connue. Recherché, il part se réfugier en Argentine, où il est finalement rattrapé par Interpol et condamné à 20 ans de prison. Il meurt en prison seulement quelques années après, sans savoir été jugé pour l’ensemble de ses crimes.

Pendant ce temps, la Colonia est devenue Villa Baviera, un centre touristique, qui joue sur son histoire particulière et son atmosphère allemande pour attirer les curieux et renflouer ses caisses.

De nombreux membres de l’ex – Colonia y vivent encore, et essaient de gérer leur passé compliqué, entre victimes (la majorité des hommes âgés de moins de 65 ans est passée par le lit de Schaeffer) et complices d’un système puissant et pervers.

Des enquêtes sont bien évidemment toujours menées, dans l’espoir de découvrir des éléments qui éclaireraient la disparition de prisonniers politiques sous Pinochet et le fonctionnement, dont une grande part reste encore dans l’ombre, de cet Etat dans l’Etat. Les derniers documents, trouvés en mai 2014, sont décevants car incomplets et sporadiques.


- Emission de radio sur la Colonia Dignidad (en français).
- Article sur la reconversion de la Colonia Dignidad (en français).
- Reportage sur la Colonia Dignidad (en français).


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