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Le paradoxe du tourisme au Chili



Dans un bar du quartier très couru de Chueca à Madrid, un groupe de jeunes oublient la crise économique et célèbrent leurs nouveaux diplômes d’avocats. Ils planifient également leurs vacances bien méritées. « Je pense aller en Argentine pour découvrir les glaciers, et un endroit sublime qui s’appelle Torres del Paine », dit, pleine d’illusions une des diplômées. Le petit ami de l’une de ses camarades l’interrompt. Lui, chilien, vivant depuis 10 ans sur la péninsule, lui déclare avec un orgueil patriotique offensé « meuf, les Tours du Paine ne sont pas en Argentine, mais au Chili. Tu sais, le Chili ? Pinochet, Neruda, Alexis Sánchez, le vin”.

La scène, qui a vraiment eu lieu, met en évidence le paradoxe du tourisme au Chili. C’est que, même connaissant la stabilité politique et économique et jouissant d’une variété privilégiée de paysages, qui vont du désert le plus aride monde, celui de l’Atacama, à la beauté australe et silencieuse de la [Patagonie-/circuit-patagonie/escapade-en-patagonie.html], le Chili reste une destination touristique relativement méconnue sur la scène internationale.

Si la maturité et la transparence de l’économie locale sont appréciables, le développement du tourisme entraîne des dettes, dit Arturo García Rosa, chairman du cabinet de conseil HVS South America. « Les investissements du secteur privé ne suffisent pas. Le secteur public doit le soutenir avec un travail de promotion (…). Et le Chili ne fait pas ce saut-là ».

Le Chili possède des paysages-carte postale magnifiques, souligne José Pérez-Barquero, le directeur du développement de l’industrie hôtelière espagnole pour l’Amérique latine, « mais on n’en tire que peu de profit ». Tant que le gouvernement ne prend pas conscience de son rôle, les avancées de cette industrie seront compliquées, ajoute-t-il. Et, ce qui n’est pas un détail insignifiant, le tourisme est responsable de presque 9% du PIB et génère près de 10% des emplois en Amérique Latine.

Les tâches du tourisme en suspens au Chili sont la création et l’implémentation d’une stratégie qui laisse de côté la timidité, des investissements conséquents dans le positionnement du Chili et le marketing internationaux. En plus, bien sûr, des améliorations des infrastructures, de la qualité des services et du capital humain, estiment les opérateurs internationaux du tourisme et les experts.
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Le Chili possède un énorme potentiel : il dispose d’attraits touristiques comme la Vallée de l’Elqui, les Routes du Vin, la Région des Lacs, les Fjords et Glaciers de Aysén et Punta Arenas, les îles de Pâques et de Chiloé, entre beaucoup d’autres. S’il avait une stratégie touristique efficace, le nombre de visiteurs étrangers serait bien supérieur aux 3,55 millions qui sont venus au Chili en 2012, selon le Service National du Tourisme (Sernatur).

Avec cette stratégie, le Chili, qui occupe actuellement la troisième place en termes de réception de touristes étrangers en Amérique du Sud, pourrait se rapprocher des leaders, le Brésil et l’Argentine, qui dans le même temps, en ont respectivement totalisé 5,67 et 5,50 millions (selon l’agence de l’Etat brésilienne Embratur et le Ministère du Tourisme argentin).

Si loin, si proche

Sa situation sur la carte du monde et sa sinuosité géographique, surtout dans la partie australe, sont des éléments qui ne jouent pas en sa faveur. Cela a des impacts sur la connectivité et le prix des voyages, jusqu’au Chili ainsi qu’à l’intérieur de ses frontières.
“Les touristes y réfléchissent donc à deux fois avant de faire cette dépense, aussi spectaculaire soit l’endroit », explique Fernando Fernández, vice-président du développement pour les Amériques de la chaîne hôtelière Meliá.
« Même si c’est une bonne destination, ajoute Roland Bonadona, président du groupe hôtelier Accor, son gros inconvénient est son éloignement des grands marchés émetteurs de touristes que sont les Etats-Unis, le Canada, l’Europe et l’Asie ».

Ces problèmes de connectivité entraînent des coûts de transport importants. Par exemple, lors d’une cotisation en ligne avec une ligne aérienne nationale pour un voyage de Santiago à Punta Arenas (Patagonie, 2200 km), la valeur du billet en cabine économique, départ le 1er novembre et retour le 9 du même mois, peut atteindre les 630 dollars américains, alors que le vol Santiago-Sao Paulo (Brésil), coûte à partir de 432 dollars américains.

Même quartier, maisons différentes

Et comment va le Chili par rapport à ses pairs ? Même si le Chili et l’Argentine partagent une grande frontière, et par conséquent, ont de nombreux paysages en commun, un océan les sépare en matière de tourisme, particulièrement en termes de positionnement international. Le parfait exemple est la Patagonie. García Rosa dit que le segment argentin jouit « d’une exposition colossale (…) contrairement à la Patagonie chilienne, alors que les deux endroits présentent la même scénographie ».

Même pour ce qui du tourisme spécifique, comme les expériences viticoles, le diagnostic que fait García Rosa est sombre. « Le Chili a été pionnier en termes de vin dans la région, il a tracé la voie », remarque-t-il. Malgré cela, il a progressivement perdu le rythme. « En Argentine, au contraire, cet espace s’est agrandit et l’industrie hôtelière autour du vin continue de croître de manière importante », ajoute-t-il.

Au nord, la politique touristique du Pérou a été plus volontaire et intégrale. « Le Pérou a fait un grand travail en la matière, avec de la publicité dans les media, les aéroports, sur les chemins qui mènent à la capitale, un ambassadeur gastronomique, des dépenses en termes de police pour prendre soin des touristes, et il fait tout cela avec l’aide des lois pour l’investissement », souligne Craig S. Smith, président de la chaîne Marriott pour la région Amérique Latine et Caraïbe.

La formule du succès mexicain a été l’assaut ciblé. « Le Mexique a consacré assez de moyens à développer Cancún pendant les années passées, même si d’autres régions se sont plaintes auprès du gouvernement fédéral parce qu’elles n’ont pas reçu ces mêmes ressources », explique Craig Smith, mais « maintenant, tout le corridor adjacent regorge d’hôtels. Ce n’est pas une bonne formule que les autorités assignent beaucoup de ressources à peu d’endroits », finit-il par ajouter.
Aujourd’hui, près de 23 millions de visiteurs étrangers arrivent au Mexique, le faisant devenir le 10ème meilleur endroit au monde en termes de réception de touristes.

Les lignes aériennes ne jouent pas non plus en faveur du Chili, puisqu’elles ne semblent pas disposées à se risquer à mettre en place des vols directs depuis l’étranger vers des sites dont le potentiel touristique est indéniable, comme San Pedro de Atacama, la Région des Lacs ou la Patagonie. Ainsi, les étrangers se voient obligés d’atterrir dans la capitale et ensuite d’effectuer un changement. C’est un problème critique, que met en évidence Abel Castro, vice-président senior du développement d’Accor en Amérique Latine. « En Argentine, pour Bariloche, une des premières destinations pour le ski, il existe des vols directs depuis Sao Paulo en hiver ». ( …)

Version officielle

Le gouvernement est conscient du retard. Le sous-secrétaire du Tourisme, Daniel Pardo, affirme que « la raison est que nous sommes un marché jeune. Cette industrie a 200 ans en Espagne, alors que nous n’en avons que 30. (…) Nous nous sommes professionnalisés récemment ». La première Stratégie Nationale du Tourisme n’a été créée qu’en 2012, argumente Pardo. Ses cinq piliers sont la promotion, la durabilité, l’investissement et la compétitivité, la qualité et le capital humain, et l’intelligence du marché.

« Le chemin a été complet, ajoute-t-il, parce que le tourisme requiert la concurrence de plusieurs acteurs » : l’institution qu’il dirige, qui dépend du Ministère de l’Économie, ainsi que d’autres ministères comme celui des Transports, des Travaux Publics et des Biens Nationaux, les municipalités, les lignes aériennes, les entreprises hôtelières, gastronomiques et les guides touristiques, entre autres.
Par ailleurs, certaines initiatives ont été mises en place pour améliorer les infrastructures, telles que les aéroports, pour être en adéquation avec une demande qui, seulement entre janvier et mai 2013, a crû de 9,6%.

En juin passé, dans le but d’augmenter la capacité annuelle de 9 à 15 millions de passagers de l’aéroport International de Santiago, des travaux ont débuté, pour un montant de 60 millions de dollars. Plus tard, un nouveau terminal sera construit, dont le coût est évalué à 700 millions de pesos chiliens (1.344.090 dollars américains), et dont l’achèvement est prévu pour 2019. Il pourra alors recevoir 14 millions personnes de plus. À Antofagasta, on est en train de remodeler l’enceinte du Cerro Moreno, et à Puerto Natales (Patagonie), on prévoit l’agrandissement du terminal aéroportuaire.

L’autre pilier de la stratégie est l’injection de ressources. Le Chili, comme marque touristique, aura doublé son budget touristique pendant la période 2010-2014, passant de 6.5 millions de dollars à 13. À cela doit s’ajouter les presque 11 millions de dollars de budget que se répartissent les 15 régions.

Les autorités soulignent qu’il faudrait davantage et mieux innover en termes d’actions de communication. Dans cette perspective, elles travaillent sur les campagnes « Why not Chile » et « Passionnés par le Chili », cette dernière cherchant à promouvoir le Chili via les chiliens à l’étranger, en échange d’un stimulant.

En Europe, l’Angleterre, la France, l’Espagne et l’Allemagne sont les marchés où se concentrent les actions de promotion. En Océanie, c’est en Australie, alors qu’en Amérique, les Etats-Unis, l’Argentine, le Brésil, la Colombie et le Pérou sont en ligne de mire. De même, le Chili travaille avec des membres de l’Alliance du Pacifique : le Pérou, le Mexique et la Colombie pour financer des initiatives communes.

Si le Chili veut devenir un pays touristique, chacun de ses habitants doit participer à l’amélioration de l’expérience qu’il propose au touriste étranger, depuis l’attention et la qualité des services, à l’esthétisme urbanistique des zones urbaines, met en évidence Pardo.

Cela fait partie des responsabilités citoyennes, par exemple, de prendre soin de son patrimoine. Idem pour la langue : seulement 2% des adultes chiliens parlent l’anglais avec fluidité, affirme une étude de la Banque Interaméricaine du Développement (BID), publiée en 2012. En plus des instituts privés qui dispensent des cours d’anglais, l’Etat dispose de bourses et de programmes de formation à travers des systèmes Corfo et Sence, entre autres, pour permettre à la population de l’apprendre.

Si l’on additionne tous ces efforts, peut-être les chiliens se rendront compte que leur pays est en réalité un cygne et non un vilain petit canard.


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