LE CHILI
TAILLÉ SUR MESURE
newsletter
Blog Facebook twitter LinkedIn Instagram
Canal d'irrigation traditionnel à San Pedro Incendie à Torres del Paine Lutte du village de Caimanes Répartition de l'eau á San Pedro Rareté de l'eau à San Pedro de Atacama
Accueil > HidroAysén
Retour

HydroAysén, enjeux et problèmes


Présentation du projet

Si le nord du pays manque d’eau (voir l’affaire Caimanes), le sud en a en abondance. Entre glaciers, lagunes, sports d’eau de toutes sortes, l’eau participe grandement à l’attrait touristique de ces régions (Régions des Lacs et des Volcans, Patagonie, Route Australe) du Chili.
Les entreprises Endesa (51%) et Colbún (49%), face à l’absence a priori d’autres sources énergétiques conséquentes, débutent en 2004 le projet HidroAysén. Ce projet consiste à construire 5 méga-centrales hydroélectriques, 2 sur le río Baker et 3 sur le río Pascua, de manière à produire environ 18430 MegaWatts/heure d’énergie moyenne annuelle, et atteindre l’indépendance énergétique du Chili, qui pour le moment dépend surtout du charbon, et du pétrole vénézuélien.
Ces méga-centrales alimenteraient les régions centrale et nord du Chili en électricité via le SIC (Sistema Interconectado Central) et le SING (Sistema Interconectado del Norte Grande), et grâce à une ligne de transmission sous-marine. Le projet impliquerait la construction de ces méga-centrales, des barrages et d’autres infrastructures associés, inondant une grande partie des zones habitées de la région. La première étape a été l’évaluation du projet par le Service d’Evaluation Environnementale (SEA), qui lui a donné le feu vert, malgré ses failles indéniables et l’opposition d’une grande partie de la population chilienne.

Controverse

Le projet est en effet controversé.
Il a reçu l’autorisation du SEA, serait source d’emplois pour les populations locales, aiderait au développement de la région d’Aysén, aujourd’hui laissée de côté par les autorités politiques, grâce à toutes les infrastructures annexes qu’il requiert (amélioration des voies de communication, notamment). Surtout, il permettrait l’indépendance énergétique du Chili grâce à l’utilisation d’une énergie propre, renouvelable, stable, efficace et compétitive.

Cependant, ses détracteurs, et notamment l’association Patagonia Sin Represas (Patagonie sans Barrages), ont plus d’une raison de vouloir qu’HidroAysén ne voie jamais le jour.

Tout d’abord, les investissements nécessaires à la mise en place du projet seraient trop importants (10 milliards de dollars selon les détracteurs en 2012, 3,2 milliards selon HidroAysén) pour que l’énergie tirée des centrales soient accessible aux chiliens. Elle serait alors destinée à l’exportation plutôt qu’au Chili.

Ensuite, bien qu’approuvé par le SEA, le projet serait déficient : par sa localisation, et l’utilisation prévue de technologies obsolètes, qui a été reconnue par les organisateurs du projet eux-mêmes. Par sa localisation, HidroAysén déformera et contribuera à la dégradation irréversible des paysages splendides et mythiques de la Patagonie chilienne, qui constituent l’une de ses sources de revenu principales, par le biais du tourisme.

Toujours dans la perspective de préserver une Patagonie authentique, naturelle et sauvage, il mettrait en danger le huemul, emblème du Chili, déjà en voie de disparition, en détruisant son habitat.

Finalement, les détails, notamment pour ce qui concerne la relocalisation des populations déplacées, ne semblent pas avoir été suffisamment étudiés – ou au moins expliqués, aux personnes affectées.

Pour toutes ces raisons, une grande partie du cortège politique s’est exprimé clairement contre HidroAysén, et en première ligne, Michelle Bachelet (centre gauche), présidente nouvellement élue, qui a pris ses fonctions en mars 2014, et le député Antonio Horvath (droite conservatrice). Des groupes et associations citoyennes se sont formés pour lutter contre l’implémentation du projet, notamment Patagonia sin Represas ainsi que des communautés Mapuches qui revendiquent depuis des années la récupération de leurs terres. À la plus grande surprise a priori d’un bon nombre de chiliens, la famille Matte, propriétaire de Colbún s’est retirée du projet en attendant que les instances politiques prennent une décision, tout en gardant ses parts. Après une analyse plus en profondeur, il s’agirait en fait d’une stratégie de cette famille pour faire pression sur les gouvernements passé et actuel pour qu’ils prennent conscience de ce que le Chili sans indépendance énergétique serait, et qu’ils agissent en conséquence.

Actualité du projet

Aujourd’hui, le projet HidroAysén est toujours en attente du verdict du Comité Interministériel, composé des Ministres de l’Environnement, de la Santé, de l’Économie, de l’Agriculture, de l’Énergie et de l’Industrie Minière, comité qui n’a de cesse d’être ajourné. À l’heure actuelle, sa date n’est pas fixée. Sa mission est d’analyser les 34 réclamations et 1000 observations s’opposant au projet et de fixer son sort. L’un des problèmes majeurs que ce comité interministériel pose est l’absence de la participation des autorités et des populations locales, pourtant directement affectées par HidroAysén. Les maires de Chile-Chico et de Tortel notamment, veulent faire partie intégrante de la discussion, afin d’éviter que seuls des acteurs politiques et économiques y contribuent, ce qui la biaiserait.

L’enjeu du Comité Interministériel est qu’il ait lieu avant la prise de pouvoir effective de Michelle Bachelet en mars 2014, dans la mesure où cette dernière est de toutes façons opposée à HidroAysén, argumentant que le projet est « non viable ». Par ailleurs, la réforme du Código de Aguas (1981, législation en vigueur pour la gestion de l’eau) fait partie des promesses électorales de Michelle Bachelet. Cette réforme permettrait d’éviter que l’Etat continue de céder des droits d’exploitation de l’eau gratuitement et à perpétuité à des acteurs privés, et empêcher ainsi que des multinationales telles qu’Endesa et Colbún en profitent au détriment des populations locales et du patrimoine naturel chilien.
Michelle Bachelet voudrait implémenter une stratégie régionale intégrée pour l’utilisation durable et viable du territoire. Cette stratégie nécessiterait la participation de tous les types d’acteurs de la région (sociaux, économiques, politiques, environnementaux), ce qui permettrait une prise en compte de tous les points de vue et une analyse complète sur les enjeux et les besoins. Dans la même perspective, Michelle Bachelet est en faveur de l’utilisation d’une matrice énergétique participative, et surtout diversifiée. C’est-à-dire qu’elle favoriserait l’utilisation des ERNC (Énergies Renouvelables Non Conventionnelles) telles que le bois, le vent, l’eau et le soleil, qui ont déjà contribué à hauteur de 6% à l’alimentation des SIC et SING en 2013. Et il est vrai que le Chili possède de nombreux atouts dans ces domaines-là : le soleil du désert d’Atacama, le plus aride du monde, le vent de Patagonie, qui peut aller jusqu’à 150 km/h, l’eau du sud du Chili etc. Cependant les problèmes ne changent pas : les panneaux solaires risquent de défigurer le désert d’Atacama, dont les paysages uniques sont sublimes, les éoliennes de Patagonie ne la rendront pas plus authentique, bien au contraire.

Ainsi, le problème fondamental du Chili est l’absence d’une politique énergétique à long terme. Mono-énergie, à l’instar de la France, qui a fait le choix du nucléaire, ou sources diversifiées, il lui faut faire un choix pour accéder à son indépendance énergétique. En consacrant plus de fonds à la R&D sur les ERNC, et grâce à sa géographie unique, le Chili pourrait être précurseur dans l’utilisation de sources d’énergie encore inédites.
L’autre problème est la prépondérance systématique de l’économique sur la préservation de l’environnement, prépondérance due au système néolibéral chilien. Le Chili possède des paysages originaux et spectaculaires de fin du monde qu’il lui faut protéger, notamment pour des raisons touristiques. La Route Australe est la région concernée par ce grand projet. Avec ses paysages grandioses et vierges de presque toute présence humaine, elle fait partie d’une de nos régions préférées.

-  Notre circuit Route Australe Intégrale
-  Notre circuit Autour du Lac General Carrera
-  Notre circuit Fjords de Patagonie

Endesa semble avoir pris la mesure des difficultés qui l’attendent ainsi que de l’opposition de la population, puisqu’elle a retiré HidroAysén de sa présentation de ses projets pour 2014 à ses actionnaires. Cependant, elle continue de clamer que le projet reste à l’ordre du jour. Dans le même temps, elle semble préparer son plan b : un projet thermoélectrique pour alimenter la zone centrale en énergie, qu’elle implémenterait du côté de Quintero (région de Valparaiso).

Nouvelles du Comité Interministériel : Alors qu’il devait prendre une décision dans les soixante jours, le Comité Interministériel a pris deux ans et demi pour finalement ne pas se prononcer. Il a demandé la réalisation de deux études complémentaires avant de pouvoir valider le projet.
En attendant, et Michelle Bachelet, et son Ministre de l’Environnement, et le PDG d’Endesa Espagne, à laquelle appartient Endesa, actionnaire à 51% d’Hidroaysén, sont d’accord pour dire que le projet n’est pas viable. Avant même son implémentation, il divise le pays comme jamais, alors que tout les chiliens devraient appuyer la construction de méga-centrales, synonymes de l’établissement d’une certaine politique énergétique dont les impacts seront à très long terme.

Dernières nouvelles d’HydroAysén (10/06/14) : le nouveau gouvernement a rejeté à l’unanimité le projet, qui est désormais arrêté. La communauté citoyenne chilienne est une variable qu’il faut dorénavant prendre en compte.

Cassandre de Terra Chile

Pour aller plus loin

[Le véritable impact d’HidroAysén face au déficit énergétique du Chili-http://ciperchile.cl/2013/07/08/el-verdadero-impacto-de-hidroaysen-frente-al-deficit-energetico-en-chile/]

Le site d’HidroAysén en anglais ou en espagnol.

1 SALAMANCA O., Fernando, 2011, Rentabilidad social regional del proyecto HidroAysén-Transelec


.