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Les Mapuches

Par Pierre Kapsalis

Peuple indien largement majoritaire au Chili - les Mapuches représentent presque 90 % de la population indienne du pays, soit un million de chiliens se revendiquant de cette culture. Appelés Araucans par les Espagnols le terme mapuche signifie "peuple de la terre".

Une histoire si singulière


La culture mapuche a exercé pendant des siècles une forte influence sur une grande partie du Chili et de l’Argentine d’aujourd’hui.
Même si leurs origines sont incertaines, on retrouve plus que probablement des traces de cette culture dès le Ve siècle.

Comme tous les autres peuples du continent américain, les Mapuches ont dû faire face à la férocité des Conquistadors espagnols et aux maladies amenées depuis l’Europe.
Contrairement à l’empire inca ou à l’empire aztèque, les Mapuches n’avaient pas une structure aussi hiérarchisée que leurs voisins du nord.
La grande faiblesse des Incas ou des Aztèques se trouvait dans l’organisation de leur pouvoir, extrêmement centralisé. Les Conquistadors ont rapidement compris qu’il suffisait d’emprisonner et de tuer l’empereur -considéré comme un dieu par la population - pour que le reste de l’empire s’effondre.
Ce qui n’était certainement pas le cas des Mapuches, peuple sans Etat centralisé et sans leader unique. Et c’est ce qui fût la grande force de résistance de ces Amérindiens.

La guerre entre Conquistadors et Mapuches dura presque 100 ans.
Une des grandes batailles menée contre les Espagnols se termine par la mort de l’emblématique Pedro de Valdivia, l’un des plus grands chefs militaires espagnols, fondateur de Santiago et gouverneur du Chili.
Ce conflit, appelé guerre d’Arauco (1546-1641) se termina par l’échec des Espagnols à prendre le contrôle du territoire mapuche et par la signature du traité de Quilin.
En signant ce traité, les Conquistadors ont dû reconnaitre leur impuissance face à l’organisation militaire mapuche.
Ils ont ainsi signé le seul document de l’histoire coloniale reconnaissant un peuple amérindien comme interlocuteur valide.
En outre ce traité entérina l’existence du territoire autonome mapuche, situé au sud du fleuve Bío-Bío.

Mais bien avant l’arrivée des Espagnols, les Incas eux-aussi ont tenté de conquérir leurs terres, sans succès...
Les Mapuches furent donc un des seuls peuples libres du continent américain, à résister tout autant à l’Empire inca qu’aux soldats espagnols.

La souveraineté territoriale mapuche ne fut remise en cause qu’au moment de la construction nationale chilienne, dans le courant du XIXe siècle.
Durant ce siècle, la colonisation adopte tout d’abord une tactique différente. On privilégie la pénétration individuelle et en douceur.
L’évangélisation, le commerce et surtout l’alcool sont les « méthodes civilisatrices » à la fin de la colonie.
Mais par la suite, les jeunes Républiques chilienne et argentine lancent des expéditions génocidaires dans le but de récupérer les terres indiennes et les distribuer aux migrants européens.
Des centaines de milliers de Mapuches sont massacrés lors de cette guerre de "pacification". Ainsi, en 1882, après plus de trois siècles de conflit, les Mapuches sont anéantis et le Chili domine totalement les terres du sud.
Le territoire indien passe d’une superficie aussi grande que le Portugal à seulement 5.000Km2, ils sont confinés dans les fameuses "réserves", territoires trop restreints pour assurer leur autosubsistance.
Cette guerre, contre la Couronne espagnole et par la suite contre la République chilienne, est considérée comme étant une des plus longues et en même temps méconnues de l’histoire de l’Humanité.

Bien plus tard, sous le gouvernement du Général Pinochet, le dictateur fait adopter une loi favorisant les entreprises forestières qui veulent exporter massivement le bois planté sur les terres mapuches.
Beaucoup de forêts natives sont alors rasées et remplacées par des eucalyptus et des pins.
C’est le début de l’exode massif des Mapuches vers les grandes villes du sud et la capitale Santiago, où ils occupent les emplois les plus précaires et où vit actuellement le plus grand nombre.
Une autre loi adoptée par la dictature de Pinochet est la loi "antiterroriste", créée à l’époque pour faciliter l’emprisonnement des manifestants au régime. Actuellement, cette loi est toujours en vigueur mais elle est presque toujours invoquée contre les Mapuches qui réclament la récupération de leurs terres historiques. L’ONU est même intervenue à deux reprises, demandant au gouvernement chilien de ne plus évoquer la loi antiterroriste contre les Mapuches.

La situation des Mapuches restés dans les campagnes du sud est toutefois un peu moins dure, grâce à la tradition du nguillatún : les communautés paysannes se réunissent une fois par an et les personnes qui possèdent le plus de biens se doivent de les partager avec les plus démunis.
Cette solidarité entre Mapuches leur permet de survivre, bien qu’ils doivent faire face à un manque de terres de plus en plus manifeste.

L’émergence mapuche


Malgré cette succession de tragédies, les Mapuches d’aujourd’hui s’organisent pour maintenir leur culture et réussissent à conserver une très forte identité, ainsi que leur langue, le mapudungún.

Ces derniers temps on peut même parler d’un renouveau de la culture mapuche, avec la présence de plus en plus visible dans la société chilienne d’écrivains, de poètes, de musiciens et de centres culturels dans les grandes villes.
Parmi les écrivains, le poète Elicura Chihuailaf est parvenu à une reconnaissance au niveau latino-américain.

Mais leur situation est encore loin de s’améliorer. La société chilienne d’aujourd’hui, dans sa grande majorité, n’a pas encore résolu sa relation avec la société mapuche.
Ce peuple est toujours le plus marginalisé, discriminé et pauvre du pays.


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