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L’eau à San Pedro de Atacama

Mise en perpective

  • Les Atacamènes et leurs droits sur l’eau

Le désert d’Atacama au nord du Chili est le plus aride du monde. Ses conditions géographiques et climatiques extrêmes n’ont pourtant jamais empêché les populations d’y vivre.Installées depuis plus de 11.000 dans ces terres hostiles, les communautés atacamènes y ont développé des stratégies de survie - physique et culturelle - ingénieuses. Cependant, la civilisation atacamène, fondée sur l’agriculture, est aujourd’hui en péril puisque l’eau est au cœur d’un différend impliquant les industries minière et touristique, grandes consommatrices de cette ressource vitale. L’oasis de San Pedro d’Atacama est la première touchée par ce conflit.

La région de San Pedro est le seul endroit du Chili où la plupart des droits sur l’eau (89%) sont possédés encore officiellement par les communautés indigènes atacamènes. Le reste appartient à l’industrie minière.Sur tout le reste du territoire c’est le Código de Aguas (1981), héritage de l’époque Pinochet, qui prévaut.
Cette charte rend possibles la consommation, l’exploitation et la vente de l’eau, ainsi que l’émergence de projets tel qu’Hidroaysén.

Certains membres de ces communautés sont enclins à vendre leurs droits sur l’eau, généralement à des représentants de la mine ou à de grands hôtels qui leur proposent en échange des sommes d’argent très attractives, ce qui leur permet de construire des hébergements et de prendre part au boom touristique que la région connaît. Cette vente des droits sur l’eau renforce le tourisme et l’activité minière, mais précipite le déclin des cultures indigènes de la région.

  • Le déclin catastrophique de leur civilisation

La civilisation atacamène, comme la plupart des cultures indigènes, est intrinsèquement liée à la Terre-Mère, la Pachamama, à l’eau, et à leurs bienfaits.
Un réseau très complexe et complet de canaux fait partie des tactiques qu’elle a développées pour pouvoir survivre dans ce désert où il ne pleut jamais. L’utilisation et l’entretien de ce réseau s’accomplissent selon des rituels et traditions qui sont une partie intégrante de la culture atacamène.

C’est le cas de l’irrigation mensuelle : comme l’eau est limitée, les communautés ont mis en place un système de distribution alternée. A intervalles variables - cela peut aller de 6 à 20 jours - les membres de la communauté reçoivent chacun à leur tour une heure, parfois plus, d’eau. Cela dépend de ce que le Puricamani, désigné chaque année par la communauté pour être le chargé des eaux (répartition, nettoyage etc.), décide. Pour que l’irrigation soit efficace, il faut s’armer de pelles, de seaux, parfois de bottes pour répartir le peu d’eau de manière optimale. Il faut également nettoyer les canaux pour que l’eau s’écoule bien.

Cela donne lieu à la fête annuelle Limpieza de canales , une des célébrations traditionnelles les plus importantes de la région. Si elle est obligatoire (sous peine de payer une amende), elle n’est pas vue comme une contrainte mais comme une fête. Elle comprend plusieurs étapes. Le nettoyage des canaux au sens propre a lieu le matin sous l’œil avisé du Puricamani, et de sa corne de bœuf qui impose le respect. Vers le milieu de la journée, les travailleurs s’arrêtent, font un festin puis ouvrent finalement les canaux pour que l’eau s’écoule et irrigue enfin les terres desséchées. A la fin de la journée, le Puricamani redevient un villageois comme un autre, jusqu’à la prochaine « Limpieza de canales ». Cette fête est une occasion pour les communautés atacamènes de célébrer la Terre-Mère qui leur fournit de l’eau, sans laquelle la vie est impossible.

Certains membres des communautés luttent pour préserver la culture atacamène. C’est ce que Cristina, enseignante à l’école publique de San Pedro essaie de faire, avec l’aide de l’un de ses collègues, en organisant des ateliers une fois par mois. Ces ateliers ont souvent lieu en dehors de l’école et ont pour objectif de rappeler aux enfants leurs origines, de leur enseigner la cosmovision et les rituels atacamènes. C’est ainsi qu’ils ont pu faire des excursions dans le désert pour étudier la faune et la flore, et qu’ils prévoient de prendre part à une Limpieza de canales.

Parce que d’autres acteurs sont entrés en jeu, mines et touristes notamment, les villages atacamènes reçoivent de moins en moins d’eau et se vident ainsi progressivement de leur population, ce qui porte gravement atteinte à toute la civilisation atacamène. En effet, comment transmettre des traditions intrinsèquement liées à la terre quand vos enfants et petits-enfants sont partis habiter en ville ? De nombreux villages tels que Chiu-Chiu ou Ayquina sont en train de devenir des villages fantômes.

Émergence de nouveaux acteurs

L’eau, à l’origine peu abondante, doit aujourd’hui être répartie entre les locaux, les touristes et les mineurs.

  • Les impacts désastreux de l’activité minière

Le désert d’Atacama abrite la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde, Chuquicamata, qui participe grandement à la richesse du Chili, l’activité minière (cuivre, lithium, or, argent etc.) étant l’une des principales sources de revenus du pays. Selon le gouvernement : « Entre 2010 et 2013, l’industrie minière a apporté en moyenne un peso sur six au budget annuel. Cela représente plus de 38 millions de dollars de revenus fiscaux ».
L’industrie minière est toute-puissante, le système néolibéral chilien faisant systématiquement prévaloir l’économique sur la préservation de l’environnement et les progrès sociaux. Non contente d’être toute-puissante, elle est également dévoratrice d’eau et polluante. Les mines, et tout particulièrement les mines de cuivre, ont en effet des besoins en eau faramineux.
Ainsi, plus près de San Pedro, la mine San Bartolo, dont le cuivre est de meilleure qualité que celui de Chuquicamata, prendra très probablement de plus en plus d’ampleur et consommera de plus en plus d’eau dans les années qui viennent.

  • Du tourisme à l’éco-tourisme

L’autre activité principale de la région est le tourisme, également grande consommatrice d’eau. Parce que les autorités locales sont négligentes et ont tout intérêt à ce que le tourisme continue de se développer, il n’existe pas - ou peu - de règles pour limiter l’usage abusif de l’eau. C’est ainsi qu’il revient aux hôtels de sensibiliser leurs hôtes sur la situation de San Pedro. Certains le font, notamment les auberges de jeunesse, car cela leur permet de réduire leurs frais. D’autres ignorent complètement cette réalité : c’est le cas des hôtels de luxe qui n’ont pas pour politique de limiter l’accès de leurs clients à l’eau. Certains disposent de plusieurs piscines extérieures, tandis que d’autres possèdent de nombreuses cuves d’eau gigantesques afin de répondre aux besoins de leurs clients.

Le manque d’eau se fait ressentir à San Pedro de manière quotidienne, surtout en saison haute (novembre-décembre) : lorsque tous les touristes rentrent à l’hôtel et prennent une douche, l’eau ne coule quasiment plus aux robinets des locaux. Pour préserver cette civilisation, son authenticité, et pour pouvoir continuer à en profiter par le biais du tourisme, il est urgent de mettre en place une politique de régulation globale de l’eau à San Pedro.

Recherche de solutions

  • Le Barrage San Bartolo

Pour essayer de résoudre ce problème de partage d’une eau si rare, l’idée de construire un barrage à San Bartolo sur le Río San Pedro (l’une des deux rivières qui fournissent de l’eau au village de San Pedro) a émergé. Ce barrage a été présenté aux populations locales comme un outil nécessaire permettant une meilleure irrigation des terres cultivées, et par conséquent un meilleur rendement agricole. Il est prévu qu’il soit également générateur d’énergie hydroélectrique.
Ce projet pose trois problèmes fondamentaux.
Tout d’abord, la voix des communautés indigènes n’a pas été prise en compte. Ce n’est pas qu’elles n’ont pas été consultées, puisqu’une première réunion a eu lieu en novembre 2012. Lors de celle-ci, la communauté a rejeté en bloc le projet. Cependant, sa faisabilité n’a pas été remise en cause pour autant. Cela va à l’encontre de l’article 124 de la « Ley indígena » (ou ley Nº 19.253) qui exige que les opinions des communautés indigènes soient écoutées et considérées quand ces communautés sont directement concernées par un projet, des changements ou autres.
Parce que la population locale a repoussé à l’unanimité le projet San Bartolo, ses initiateurs ont tenté de mettre en place une assemblée de surveillance. Elle serait composée de certains membres de la communauté atacamène, qui serait ainsi divisée et plus facilement manipulable.

Il n’y a pas eu non plus d’évaluation des impacts environnementaux de ce projet alors qu’il prend place dans une région où la biosphère est particulièrement fragile.
Pendant ce temps, certaines études environnementales indépendantes, effectuées par des scientifiques internationaux, montrent que le Río San Pedro n’est pas adapté pour la construction d’un barrage à cause de son taux de salinité élevé. En effet, le sel attaquerait le sol et le mur en ciment, le barrage pourrait alors se rompre et l’eau inonderait le village de San Pedro, situé à une quinzaine de kilomètres.

Finalement, il est prévu que le barrage soit multi-usage, et étant donné l’influence de l’industrie minière et son importance pour le Chili, il est clair que l’eau n’ira pas en priorité aux agriculteurs. Alors que le projet est prôné comme bénéfique pour ces derniers, l’eau ira plutôt à la mine San Bartolo, située dans le même secteur que le barrage.

Même si les communautés locales continuent de se battre pour faire respecter leurs droits sur l’eau, le gouvernement n’en tiendra probablement pas compte dans la mesure où le projet de construire une route du Brésil à Valparaiso a émergé. Cette route devrait servir, notamment, à l’exportation du cuivre et autre lithium, produits dans la région. L’aéroport de Calama est en train d’être rénové et agrandi dans cette perspective.

  • Les apports du CIDERH

Alors que le projet San Bartolo continue d’être débattu, certains chercheurs du CIDERH (Centre de Recherche et de Développement des Ressources Hydrologiques) sont en quête de nouvelles sources d’eau ou de nouveaux procédés afin de remédier à ce problème de sécheresse. Néanmoins, la solution idéale est loin d’être trouvée, entre les tentatives de désalinisation de l’eau de mer et les expérimentations de captation de l’eau de brume au cœur du désert d’Atacama.
Il convient également de préciser que ce centre est financé en partie par l’industrie minière. Cette dernière sera ainsi le premier bénéficiaire des nouvelles ressources en eau (si le CIDERH en trouve). Sans compter que les résultats des études et des recherches peuvent être également faussés.

Dernier bilan sur les ressources en eau de la région de Tarapaca publié par le CIDERH.

Pendant que ce travail de fond est effectué par une équipe internationale, sous la direction d’Elisabeth Lictevout, nous voudrions nous aussi contribuer à l’amélioration de la situation des communautés locales, dans cette région où nous envoyons de nombreux clients.
Pour aider l’école publique à organiser et financer les ateliers pour que les enfants aient une plus grande conscience de l’importance de l’eau – et des traditions atacamènes plus globalement, et participer financièrement à la production et distribution de CD et fascicules qui exposeraient les droits des atacamènes, nous avons besoin de nos clients.

Cassandre, de Terra Chile

Aller plus loin


- Vidéo d’Arte sur l’eau dans le désert d’Atacama : Désert d’Atacama, la vie sans eau

- Abuela Grillo (la grand-mère grillon) : vidéo sur l’importance de l’eau dans les cultures andines.

- Les autres problèmes d’eau au Chili :

** Vue d’ensemble

** L’affaire Caimanes

** Le Projet Hidroaysén

** Site du CIDERH (en espagnol)


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